Les conditions de la ré-industrialisation de la France

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La ré industrialisation de la France et de l’Europe s’impose dans une vision stratégique, le modèle de la délocalisation systématique commence à montrer ses limites à divers titres.

Analyse rapide des limites de la désindustrialisation

Les coûts de sous-traitance avec l’augmentation du prix de l’énergie (même si temporairement en baisse) et des transports, des coûts de   la main d’œuvre des pays émergents rendent les productions offshores moins attractives surtout pour les produits en petite série. L’arrivée de nouvelles technologies comme par exemple les imprimantes 3 D qui sont en fait des Mini machines à commandes numériques héritées de leurs grandes sœurs de l’industrie et les robots qui virtualisent le geste de l’opérateur permettent de regarder la chaîne de fabrication sous un autre jour. Pourquoi commander une pièce détachée en Chine alors qu’une imprimante 3D peut le faire.

La gestion des projets off-shore induit des coûts bien souvent minimisés au début mais qui à la longue montre la faiblesse du dispositif avec une perte en termes de qualité et de flexibilité dans la gestion des commandes alors que les consommateurs ont des comportements de moins en moins prévisibles.

La qualité devient un critère essentiel ainsi que la simplification des procédures.

L’écologie étant passée par là la production offshore peut être taxée et sera taxée.

Le risque de copiage et de perte de savoir-faire en Europe est une des raisons de notre perte de compétitivité. Nous perdons des parts de marché car nous sommes dans l’incapacité de trouver les compétences dans un bassin d’emplois.

Divers évènements récents comme le Volcan Islandais, Fukushima ont montré que les flux tendus et la dépendance trop grande vis-à-vis de la zone hors Europe peuvent avoir des conséquences sur la production européenne. PSA en a fait l’expérience les délais de livraison des véhicules ont pratiquement doublé pendant cet épisode.

Le grand marché mondial à flux tendu est concevable dans un monde où tous les facteurs qu’ils soient économiques, sociaux, politiques, climatiques restent stables.

Revoir le principe de précaution, l’adapter, se réconcilier avec l’Etat stratège

De façon intéressante le principe de précaution s’attache à prévenir les conséquences du lampadaire qui tombe sur le passant ou de la grippe et autres concombres tueurs, mais pas les mécanismes de dérèglements liés aux facteurs politiques ou naturels alors que le risque d’approvisionnement est un facteur clef dans la fabrication.

Pourtant le passé a montré que le maintien d’une production locale n’est pas inutile, les anglais durant la guerre ont repris le gout de l’agriculture car pendant la guerre ils ont souffert de la faim n’ayant plus d’agriculture car ils importaient leurs denrées du Commonwealth, ils sont rentrés dans l’Europe principalement pour reconstruire ladite agriculture.  Les Américains ont mis en place le Stock Piling Act (loi sur les réserves stratégiques) pour faire face à des conditions de blocus

« Strategic and Critical Materials Stock Piling Act is a federal statute to provide for the acquisition and retention of stocks of certain strategic and critical materials and to encourage the conservation and development of sources of such materials within the U.S. The purpose of the Act is to decrease and to preclude a dangerous and costly dependence by the U.S. upon foreign sources for supplies of strategic and critical materials in times of national emergency « 

L’Europe n’a aucune mesure correspondant aux mesures de protection de ces pays, et même la PAC qui permettait de créer des stocks a été modifiée, la France non plus depuis la disparition du commissariat au Plan. Rien ne s’oppose à la mise en œuvre de ces mesures sauf notre volonté.

Pourtant toutes les études sur le développement durable montrent que la réduction de la pollution et des émissions de CO2 passe par un retour au local. La réduction des distances entre le produit et le consommateur limite à la fois la consommation d’énergie et les pesticides.

Par ailleurs les pays comme la Chine ont une politique de développement qui privilégie les intérêts stratégiques futurs, le grand intérêt de discuter avec les Chinois régulièrement permet d’apprécier leur volontarisme qui peut être troublant car ils ne cachent point le fait de se servir des apports technologiques des pays développés afin de pouvoir produire en local et en mieux !

La Chine met en place des plans sur 20 ans qui passe par une ouverture à nos savoir-faire limités à 3/5 ans et un jour ils reviendront en Europe pour nous expliquer comment faire, cela est déjà le cas pour une unité de production de chaussures en Dordogne.

Les industriels de leur côté commencent à réfléchir au moins pour les Grosses PME à une relocalisation de leur production pour les raisons évoquées ci-dessus et aussi parce que les techniques évoluent et permettent de produire en local à des conditions qui lorsqu’on additionne les couts directs et indirects ne sont pas loin du prix payé en off-shore.

Savoir répondre à la question de la ré industrialisation c’est combattre les préjugés

La question posée dans ce qui suit n’est pas de tomber dans le piège qui consiste à dire que l’on peut tout produire en France ou en Europe mais de redéfinir le cadre permettant de rapatrier une partie de la production avec un modèle industriel tourné vers l’avenir.

En finir avec le mythe du robot qui détruit l’emploi, ne commettons pas l’erreur des années 60/70 pour l’industrie automobile, nous avions abandonné l’avenir aux Japonais et même aux Italiens. Les Allemands ont été les premiers à réagir, les anglais ont perdu leurs industries vendues aux mêmes allemands et chez nous Renault était proche de la faillite et Toyota était Roi.

La ré industrialisation ne signifie pas le retour aux emplois ouvriers façon années 60/70, mais une nouvelle forme d’atelier flexible combinant les technologies de la robotique, de l’informatique, et de l’arrivée des technologies de la virtualisation et du 3D qui permettent de reproduire les gestes de l’homme à l’identique.

La Wii ou la Kinect ne sont plus seulement des jeux ! ce sont aussi des outils de nouvelles générations qui peuvent transmettre l’intelligence humaine au robot.

Le modèle économique actuel est basé sur la promotion du low-cost, le modèle futur est basé sur la qualité et la flexibilité (certes pas pour tout).

Le low cost ne regarde que les aspects quantitatifs et agit sur le prix en diminuant le service rendu et donc la qualité, c’est une stratégie qui peut se comprendre pour la production de teeshirt ou de produits dont la marge unitaire est si faible qu’il semble normal de trouver des zones de production off-shore.

La réingénierie des processus permet de revoir le cycle de production et d’agir sur la phase amont de la production.

Nous l’avons déjà fait et nous le faisons dans le secteur automobile, chez Airbus qui créent des emplois.

Il faut se souvenir du passage du monde de l’automobile aux machines à commande numérique (robot de fabrication 3 D), les planches de bord et les pièces de carrosserie sont passées de la fabrication manuelle à l’automatisation avec d’ailleurs un gain non seulement de productivité mais aussi en fiabilité et qualité.

Airbus est avant tout une ligne d’assemblage robotisée qui emploie des personnels qualifiés que nous avons du mal à trouver dans notre pays.

Toutes les grandes entreprises qui ont su passer des étapes industrielles et rester dans le peloton de tête pratiquent la ré ingénierie permanente et c’est la grande force de l’industrie Allemande, mais aussi Hollandaise ou Scandinave.

L’idée amusante défendue par certains sur la carrosserie des véhicules qui seraient trop chère à cause des monopoles et où la solution passe par une dérèglementation à l’ancienne est une hérésie, surtout lorsque l’on sait que la carrosserie est en général remboursée par les assurances car les réparations sont liées en majorité à un accident, les pièces sont produites   des machines à commandes numériques , la question est plus la flexibilité des chaînes de production qui sont en général mono production (voir chaine Renault à Sandouville) et de ce fait, les pièces des petites et moyennes voitures (parc majoritaire) viennent de loin.

La différence entre aujourd’hui et demain consiste à créer des ateliers de fabrication robotisé pour des séries plus petites avec pour soucis la qualité et la capacité à servir un marché à la demande (Cout, délai, Qualité).

Guy Degrenne le fait en Normandie après une phase de réflexion de quelques années et une pratique de l’Offshore qui a   failli être fatale à l’entreprise et qui a eu toutes les peines à être aidée par les fonds type Oséo. L’entreprise Bas Normande n’est pas la seule à travailler sur le redéploiement local, on trouve d’autres exemples dans d’autres régions.

La dépendance vis-à-vis de l’Allemagne pour l’outillage est pour le moment totale ce qui n’est pas en soi un problème car les concepteurs français existent aussi et sont de mon point de vue ils sont complémentaires pour les aspects touchant à la flexibilité et l’ingénierie logicielle, les américains l’ont compris pourquoi pas nous ?

L’atelier de demain repose sur la robotisation et sur l’informatique (économie numérique) il suppose la fabrication de robots plus nombreux et plus petits et moins dépendants des grands monopoles. Le problème des grandes entreprises c’est de devoir faire tourner les machines à commandes numériques en 24/24 en 6/7 pour être rentable, car les coûts de maintenance sont en général très couteux s’ils ne sont pas maitrisés en interne. On retrouve la même logique   pour les ateliers d’impression de France Telecom ou Axa, une chaîne éditique mal pensée peut devenir un gouffre financier ! Les robots de demain n’auront pas la même logique et sont aussi des auxiliaires des techniciens ou de l’agriculteur.

La question du robot est son coût d’amortissement ce qui veut dire que robotiser demande un calcul du point mort qui peut se situer plus loin dans le temps que la sous-traitance offshore, les mécanismes fiscaux doivent contribuer.

La question est aussi d’éviter de mettre des robots là où l’emploi et la proximité sont nécessaires, mieux vaut rémunérer une personne sur un emploi de proximité que lui verser un revenu de substitution.

La France est reconnue dans le monde quelques exemples : CATIA logiciel d’aide à la conception et de fiabilisation, (Dassault System), CATIA est utilisé partout pour la conception automobile, d’avions et autres, le Cœur artificiel grâce à notre maitrise des hautes pressions (700 à 1000 bars) dans la défense et la fabrication de minuscule électro vannes qui permettent la compression des gaz.

Regardons les emplois que nous allons créer plutôt que ceux que nous allons détruire et imaginons comment compenser les pertes d’emplois en innovant.

Que suppose le retour de l’industrie en France ?

  1. Une volonté politique avec une vraie réflexion économique et fiscale qui dépasse le simple quinquennat
  2. Intensification des contrats des contrats Universités / Entreprises, cela se fait déjà.
    1. Microsoft par exemple soutient financièrement diverses unités de recherche dans le monde et finance aussi des « Gazelles » Françaises, cela ne semble pas choquant puisque l’idée est de croiser la recherche et le dynamisme de la PME qui ayant moins de lourdeur est plus prompte à regarder devant.
    2. Orange et Thalès soutiennent des programmes de recherches sur des segments essentiels à notre futur
  3. Cesser de financer les bas salaires et axer ces aides sur la reconversion
  4. Revoir nos mécanismes de formation et donc d’enseignement, l’avenir est au bon Bac + 2 ou 3 qui deviendront ingénieurs ou cadres, la France a toujours cette anomalie qui consiste à produire des cadres qui n’encadrent rien. Si je regarde Guy Degrenne et Microsoft au demeurant 2 entreprises aux antipodes l’une de l’autre et pourtant elles ont en commun de préférer des employés en devenir qui veulent progresser et qui acceptent de se former en permanence, même chose chez BMW autre client en Allemagne cette fois. Notre système actuel fabrique des jeunes mal dans leur peau car soit pas assez compétents soit trop diplômés.
  5. Les robots ont besoin de concepteurs qui reposent bien souvent sur l’analyse d’un besoin en collaboration avec le terrain, les derniers robots vus récemment permettent de tailler les vignes, ils sont petits, efficaces et respectueux de l’environnement
  6. Préférer la création d’atelier neuf avec des règles du jeux redéfinies, cela peut se concevoir à l’intérieur d’une entreprise existante, mais l’expérience prouve que tout projet neuf doit durant sa période d’incubation vivre sa vie sinon les lourdeurs internes à l’entreprise prennent le dessus, j’en veux pour preuve quelques projets où j’ai passé plus de temps à négocier la politique interne qu’à avancer. Les projets financés doivent avoir un cadre bien identifiés avec des équipes volontaires prêtent à faire le saut et qui entraineront les autres.
  7. Ne pas donner l’illusion que cela implique le retour du salariat ouvrier, la ré ingénierie industrielle suit les mêmes traces que celle de la réorganisation des activités clients ou administratives, on tire les profils vers le haut mais on diminue le nombre de profils employés non qualifiés.
  8. Les unités de production nouvelles générations doivent être déployées sur des marchés existants avec pour des marchés cibles ayant des marges correctes afin d’atteindre rapidement le point mort et un ROI.
  9. Développer les métiers des services aux industries comme la maintenance et la réadaptation des matériels, Green IT dans l’Informatique,
  10. Sortir du « tout jetable » dans les entreprises, qui se nomme « RE USE » chez un client. BMW a atteint des objectifs impressionnant en termes de recyclage.
  11. Encourager l’économie circulaire qui permet des emplois non dé localisables, les grandes entreprises sont en train de prendre un virage à 180° et à travers cela elles contribuent au soutien de l’économe solidaire qui assure ce type de prestation. Les matériels allemands sont conçus pour durer et cela a fait la renommée de ce pays.

Conditions pour y arriver

Croire en l’avenir et cesser de distiller les peurs, la fin du travail n’est pas pour demain, la dernière étude de l’OCDE montre un impact limité et démontre que la création d’emplois existe dans de nouveaux secteurs.

Evitons de répandre l’idée que le robot va remplacer l’Homme ou Femme et que les algorithmes vont penser à notre place alors que c’est nous qui les produisons.

Acceptons une usine près de chez nous plutôt que des villes musées ou basées sur le seul tourisme. Le tourisme ou l’artisanat dépend des autres activités créent, nous raisonnons à l’envers, nous oublions que la société des loisirs est dépendante d’un salaire dans d’autres domaines et pas de l’assistance.

Un emploi industriel entraine 4 créations d’emplois dans les autres secteurs en moyenne ce qui n’est pas le cas des seuls services.

La dépense doit être proportionnelle à la richesse créée par la robotisation en recréant des activités liées à l’unité de production ou à la substitution homme/machine. Une unité de fabrication permet de créer un service client et recentrer les activités connexes.

Une fiscalité stable ! le business plan d’une entreprise ressemble à la plantation des forêts ou au travail du pépiniériste, la logique du politique actuellement est proche du maraicher bien que ce dernier comme l’agriculture en général pourrait bien bénéficier de robots « désherbeurs » !

Penser sur le long et moyen terme, revenons à des cycles industriels normaux et non pas au cycle uniquement de l’actionnaire ni au cycle du mandat politique, sortons du court-terme et acceptons une forme de plan Européen avec des axes prioritaires, la déréglementation tout azimut ne fonctionne plus.

Article de 2011 remis à jour

Catherine Gallou

Annexe

http://www.oecd.org/fr/emploi/emp/La-num%C3%A9risation-r%C3%A9duit-la-demande-de-t%C3%A2ches-manuelles-et-r%C3%A9p%C3%A9titives.pdf

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