Préférer le financement de l’emploi à celui du chômage

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Préambule

Les réflexions qui suivent sont le résultat d’une approche économétrique liée à mon passé de prévisionniste à l’OCDE dans l’équipe de la SME avec Angus Maddison et J GAS, et l’expérience opérationnelle d’employeurs dans différents pays.

Le but est de proposer une démarche concrète en combinant des mesures existantes mais soit peu connues soit peu utilisées et un regard sur les pays qui font mieux que nous depuis longtemps tout en préservant un modèle social.

Le retour à l’emploi doit être vu positivement mais en même temps sans réellement avoir le choix.

Quelques chiffres, vraies et fausses vérités

Chômage des jeunes et analyse comparée OCDE

Les statistiques utilisées prennent la tranche d’âge 15 / 24 ans, ce qui correspond à 2 types de public à savoir les scolaires car les jeunes sont en moyenne scolarisés jusqu’à 18 ans au niveau Européen et les jeunes actifs entre 19 et 24 voire 30 ans.

  • Les tableaux qui sont utilisés proviennent de OECD STAT pour la période 2000 à 2015 et
  • Sélection de dates : 2000 /2008 crise /2012 fin quinquennat NS et 2015 Quinquennat FH
  • Une sélection de pays
    • Le critère des pays étant soit des pays cités en référence comme les pays nordiques, l’Allemagne et le Royaume Uni et des pays qui connaissent de faible taux de chômage comme l’Autriche, la Suisse et les Pays-Bas.
Première analyse l’évolution du chômage des 15/19 et 20/24 en terme démographique
Le calcul prend en compte l’appartenance à la population active ou pas et donc la scolarisation obligatoire et constatée.
Chiffres pour la France et tableau comparatif plus bas


Le poids de la démographie joue un rôle dans ce tableau, le ratio poids démographique / Chômage est un indicateur à regarder ainsi que le ratio part dans la population active / taux de chômage.

Nous prenons les chiffres de l’OCDE qui sont en général fiable car retravaillés afin d’harmoniser les comparaisons, nous voyons que le chômage touche les jeunes actifs à savoir la tranche 20/24 ans et les différences entre les pays sont à la marge en Europe.
Le Royaume Uni souvent cité ou l’Allemagne ne sont guère différents de la France.

Mais la France présente une particularité la constance du problème car pour les autres pays nous voyons les impacts conjoncturels sauf pour le Royaume Uni où le taux de chômage de très jeune 15/19 ans est important quel que soit la période alors que le poids démographique des jeunes est plus faible que la France par exemple.

Cette dernière remarque devrait faire réfléchir les hommes ou femmes politiques prenant pour exemple la politique outre-manche.

Deuxième analyse, l’évolution du chômage des jeunes et des seniors

Taux de chômage à savoir le pourcentage de personnes non actifs par rapport à une tranche d’âge, cela ne tient pas compte du taux de scolarisation.

Nous retrouvons les mêmes tendances, les pays qui pratiquent l’alternance ou qui ont des mesures fortes de retour à l’emploi ont des taux plus faibles à savoir : Pays-Bas, Autriche, Suisse, Allemagne
La Flex sécurité dépend des pays n’est pas une recette en soi, situation du Danemark versus la Suède ou la Finlande 3 situations différentes.

Le modèle libéral ne règle pas le problème du chômage ni les bas salaires.

Conclusions : il existe une constance du problème en France et un manque d’intégration des jeunes actifs sur le marché du travail en Europe.

Trop de syndicats en France serait la raison de nos blocages ?

Si nous comparons avec les autres pays développés de la Zone OCDE en prenant les plus souvent cités comme référence, nous nous apercevons que :

  • La France a le plus bas taux de syndicalisation avec un chiffre moyen de 7/8 %
  • Les pays nordiques qui ont les plus forts taux sont aussi ceux qui se sont le plus réformés.
  • Le Royaume Uni si souvent pris en exemple reste à un pays où les syndicats sont puissants.
  • La Suisse exemple de stabilité dans le temps en termes de chômage a un taux de syndicalisation 2 fois supérieur au nôtre.

Nous pouvons donc en conclure que c’est la représentativité syndicale qui pose problème dans notre pays

Trop de charges tuent l’emploi, conséquence de la retraite à 60 ans et les baisses du temps de travail en France

Dans le travail qui suit j’ai compilé différentes sources de données

Les modèles de traitement du chômage et de l’activité

3 Modèles s’opposent depuis 30 à 40 ans, le soutien des chômeurs versus le soutien du retour à l’emploi.

  1. Modèle 1 L’indemnisation vise à maintenir un niveau de rémunération acceptable et peu incitatif. Les modalités de retour à l’emploi ne sont pas obligatoires et les prises en charge tardives + 12 mois (France, Italie et Espagne jusqu’en 2009)
  2. Modèle 2 Indemnisation correcte avec mesure contraignante de retour à l’emploi (3 propositions) sans perte du modèle social car le tout est basé sur la reconversion et la mise en adéquation du marché du travail avec les ressources disponibles (Pays-Bas, Danemark, Suisse, Autriche, Allemagne, Canada). Les Pays Bas assortissent cela d’une baisse des cotisations patronales si les entreprises jouent le jeu et innovation en matière de télétravail (obligatoire à raison de 30 %) et de temps partiel négocié tous les ans.
  3. Modèle 3 Baisser rapide des indemnités sans plan de reconversion (Royaume Uni, US)

Les autres éléments à prendre en compte

  1. Dernier point l’écart entre salariat et non salariat est faible en gros plus ou moins les mêmes droits et prestations sociales ce qui rend les transferts et aller-retour très faciles (Royaume Uni, Canada, US, Allemagne etc.) et le recours à un indépendant est très courant ce qui facilite le maintien des seniors en activité.
  2. Le télétravail est pratiqué à hauteur de 20 à 30 % dans beaucoup de pays de l’OCDE, la France est en retard avec seulement 8 % !
  3. Point dur la gestion de la double carrière
  4. Autre point tous les pays de la zone OCDE ou presque pratiquent le prélèvement de l’impôt à la source
  5. Cultiver la polyvalence (nouveau profil recherché double cursus, Guy Degrenne)

Constat Ce que nous savons

Facteur temps corrélation entre durée et non-retour à l’emploi et perte de savoir-faire et de savoir-être

Facteur temps

Les prévisions démontrent toujours le même mécanisme, la frontière des 6 mois à savoir le retour à l’emploi devient de plus en plus difficile au de-là des 6 mois et quasi impossible au bout de 2 ans ou dans des conditions traumatisantes.

Le retour à l’emploi est basé sur 2 facteurs savoir-faire et savoir être

0 à 6 mois peu de perte de savoir être et la question du savoir-faire peut se régler via une formation en mode accéléré.

6+ et – 12 mois perte sur les 2 facteurs mais c’est encore jouable le savoir être demande juste quelques ajustements

12 + à 23 mois et plus Savoir être perdu et toute formation demande d’abord une remise à niveau du savoir être à savoir arriver à l’heure, propre et capacité à accepter à écouter. (Je précise que c’est une observation concrète sur des groupes de chômeurs de longues durées)

Savoir-faire et Savoir-être

Savoir-faire > compétences techniques ou non en adéquation avec le marché du travail.

La perte de savoir-faire se règle à travers la formation, on constate dans divers pays que le mode immersion et accéléré est le meilleur système.

Pierre François ex MS Employ devenu Vascoo a fait une excellente analyse certes sur les métiers du IT, mais la méthode est adaptable à d’autres secteurs, cela consiste à prendre chaque demandeur d’emploi et de regarder par rapport au marché du travail en demande et les postes disponibles et construire une matrice de proximité.

Savoir-être

Beaucoup plus complexe mais le facteur joue un rôle rédhibitoire, passé 6 mois les repères sont perdus, en fait il ne faudrait pas laisser un demandeur d’emploi sans activité plus de 3 mois. Toute activité est mieux que l’inactivité.

Régulièrement on me demande de venir prendre en charge des chômeurs de longue durée et je vois toujours les mêmes problèmes !

Les chômeurs de longue durée ou travailleurs précaires redeviendront chômeurs et fabriqueront des enfants chômeurs, ils existent des études intéressantes qui montrent les corrélations entre chômage et vote FN dans des bassins où les parents n’ont connu que le chômage.

Les raisons principales de la perte d’emploi

Rupture technologique et Perte de marché

  • Manque d’adaptation de l’outil de travail et donc des employés
  • Diminution des parts de marchés avec relocalisation

Facteurs coûts la tentation low cost

  • Souvent par manque d’adaptation de l’outil de travail ou manque d’organisation,
  • La France souffre d’un retard en robotisation et sur le télétravail

Facteurs réglementaires

Les 35 heures qui ont contribué à la disparition des emplois industriels ou de support en Province.

Méconnaissance du marché du travail

La prestation de service ou sous traitance concerne 60 % des effectifs des entreprises des grands groupes.

Si on prend le plateau de la Défense 60 à 70 % des effectifs sont des prestataires qui viennent sur le site du client, idem à Blagnac où je suis revenue en novembre, la raison est simple le mode de travail est basé sur la relation MOA / MOE et sur la cascade des conventions collectives qui permettent de faire du 7/7 24/24. Les donneurs d’ordre emploient sur site des prestataires mais qui ne sont pas des intérimaires et qui sont présents pour gérer divers postes.

La jurisprudence dite SFR 2004, fait que l’on applique à ces métiers la même règle que l’intérim, un contrat de prestations de service sur site pour une ressource nommée ne peut plus dépasser 24 à 36 mois. La conséquence sur les métiers du IT mais aussi achats et RH qui sont en plein essor, les délocalisations vers des pays européens et le Maghreb sont de plus en plus courantes.

Bassin d’emploi sinistré combinant les facteurs ci-dessus

Le demandeur d’emploi qui est-il ?

Les jeunes

Situation du jeune

  • Définition internationale 15-24 ans
  • Sachant que la scolarité obligatoire est à 16 ans et que 80 % d’une classe d’âge sont encore à l’école à 18 ans, des statistiques honnêtes ne devraient prendre en compte que les 18-24ans.
  • Le problème du chômage des jeunes a été analysé et diagnostiqué lors de la conférence ministérielle de décembre 1977 à l’OCDE, le constat n’a pas changé sauf que seule la France n’a pas écouté.
  • Le constat est le suivant le chemin vers l’emploi passe par une scolarité en alternance quel que soit les métiers car même un étudiant en médecine fera de la pratique.
  • Les études purement théoriques étant réservées à une minorité.
  • Reconnaissance et incitation aux petits boulots pendant les études. Plus on commence à travailler jeune moins on a de mal à trouver son premier emploi.

Qu’à fait la France depuis 1977 ? Pratiquement rien alors que les Pays-Bas, la Suisse, l’Autriche, l’Allemagne ont systématisé l’alternance avec le résultat que l’on connait à savoir peu de chômage des jeunes.

Si on prend les Pays Bas, la filière classique est le collège / lycée professionnel idem en Suisse, la filière classique est réservée aux jeunes qui ont démontré leurs capacités et la frontière n’est pas étanche.

J’ai laissé les pays anglo-saxons en dehors car la tradition du travailler « jeune » a toujours existé, et cela quel que soit la CSP des parents. Le mode classique aux USA et Canada quand on est à l’université est la scolarité par semestre et/ou on travaille chez McDo pour payer ses études etc. Le statut stagiaire n’existe pas.

La France cultive les stagiaires souvent dans des domaines qui n’auront aucun avenir, le marketing par exemple qui sont des trappes à futur chômeur.

Solutions

Secondaire

Faire de l’apprentissage et alternance la norme à partir de la 2de reste à régler la question des décrocheurs plus jeunes mais il existe des expérimentations comme « Espérance Banlieues » qui sont prometteuses ou le SMA dans les DOM.

Supérieur

Systématiser l’alternance sur le mode Suisse ou Pays Bas et peut-être combiné.

Objectif acquérir de l’expérience et aussi commencer à cotiser.

Les Pays-Bas ont un mode intéressant les étudiants viennent combler des postes de temps partiel, une journée par semaine, les Pays Bas pratiquent le temps partiel depuis longtemps à savoir tous les ans en accord avec son employeur, on peut décider de passe au 4/5 ou 3/5 mais jamais en dessous et cela pendant un an. Le résultat des entreprises hollandaises donne la possibilité à des jeunes d’acquérir une expérience rémunérée et reconnue.

Les Suisses ont fait de l’alternance ou apprentissage une règle, pays où le chômage des jeunes est le plus bas.

Cela implique de reconnaître les années de césure comme temps scolaire et emploi et de scinder la validation de la scolarité en Unités de valeurs ou semestre validés et non pas en année, nous sommes très en retard sur le sujet.

Ensuite il faut cibler les employeurs de taille moyenne ou grand groupe, les TPE ne sont pas en capacité d’intégrer des diplômés du supérieur sur le moyen terme. Les Banques le font.

Si on prend un de mes anciens clients Microsoft, les stagiaires viennent en année de césure et sont rémunérés au smic assez rare, ou en alternance en accord avec l’école, en général ces jeunes n’ont aucun problème d’emplois post diplôme. Idem chez BMW à Munich. Mais lors de mes années à Amsterdam secteur télécom tous nos temps partiels étaient compensés par des étudiants qui venaient sur des postes à raison de 1 à 2 jours par semaine.

Les Pays bas encouragent les entreprises moyennant une baisse des cotisations entreprises sur plusieurs critères.

http://www.senat.fr/rap/r00-345/r00-34518.html

http://www.oecd360.org/france?utm_campaign=oecd360launch&utm_medium=popup&utm_source=oecdorg

http://www.oecd.org/fr/els/perspectives-de-l-ocde-sur-les-competences-2015-9789264235465-fr.htm

http://www.iamsterdam.com/en/local/work/employment-law-and-benefits/unemployment-benefits

http://www.touteleurope.eu/actualite/le-taux-de-chomage-des-jeunes.html

http://www.touteleurope.eu/actualite/le-taux-de-chomage-dans-les-etats-membres-octobre-2014.html

http://www.touteleurope.eu/les-politiques-europeennes/emploi-et-social/synthese/la-politique-europeenne-de-l-emploi-et-de-la-protection-sociale.html

Les perspectives du retour au plein emploi

CHAPITRE III

QUELLES POLITIQUES DE L’EMPLOI ?

I. COMMENT RÉDUIRE LE TAUX DE CHÔMAGE ?

A. LA DIMINUTION DU TAUX DE CHÔMAGE NON INFLATIONNISTE DU FAIT DE CELLE DU TAUX DE CHÔMAGE TOTAL : UNE IDÉE À CONSIDÉRER AVEC PRUDENCE

Selon certains économistes, le niveau vraisemblablement élevé du taux de chômage structurel serait un faux problème. En effet, le taux de chômage structurel diminuerait du fait de la diminution du taux de chômage total.

· Cette thèse provient notamment de la constatation qu’entre 1990 et 2000, la plupart des pays industrialisés dans lesquels le chômage a baissé ont également enregistré une baisse de leur taux de chômage non inflationniste, comme le montre le graphique ci-après.

Sources :

OCDE (taux de chômage).

Richardson et alii,  « Concept, policy-use and measurement of structural unemployment : estimating a time varying Nairu across 21 OECD countries », document de travail de l’OCDE, 2000.

· Ainsi, certains pays, en particulier l’Irlande et les Pays-Bas, ont connu une forte diminution à la fois de leur taux de chômage total et de leur taux de chômage non inflationniste.

A l’autre extrémité, la Finlande et la Suède ont connu une forte augmentation de ces deux taux.

· La question est de savoir quelles conclusions en tirer.

Certes, il est possible que cette corrélation s’explique par l’influence du taux de chômage total sur le taux de chômage non inflationniste.

Cependant, la causalité peut être inverse. En effet, on sait par ailleurs que le taux de chômage non inflationniste est un déterminant essentiel du taux de chômage total : ce graphique reflète peut-être simplement le fait que les pays qui ont le plus réduit leur taux de chômage total ont du pour cela réduire plus que les autres leur taux de chômage non inflationniste, et qu’inversement ceux dont le taux de chômage non inflationniste a le plus augmenté ont vu pour cette raison leur taux de chômage total plus augmenter que celui des autres pays.

B. QUELLES POLITIQUES METTRE EN œuvre ?

Dans ces conditions, la politique de l’emploi semble devoir jouer un rôle essentiel.

1. La réduction du chômage classique

Mieux aider les chômeurs dans leur recherche d’emploi

Selon certains économistes, un moyen efficace de lutter contre le chômage classique serait d’aider les chômeurs dans leur recherche d’emploi, éventuellement en leur proposant une formation.

· Tel est ce que suggèrent plusieurs expériences étrangères33(*).

6 expériences ont été menées aux Etats-Unis entre 1977 et 1990 afin d’évaluer l’efficacité de dispositifs d’accompagnement des chômeurs. Une expérience analogue a été menée aux Pays-Bas en 1990.

Ces expériences ont consisté à sélectionner un groupe de chômeurs peu susceptibles de trouver rapidement un emploi, et à améliorer l’accompagnement de certains d’entre eux (choisis par tirage au sort), les autres servant de groupe de contrôle.

Elles sont toutes parvenues à la conclusion que l’amélioration du dispositif d’accompagnement réduisait de manière significative la durée de recherche d’emploi. L’impact peut être plus ou moins important, selon la nature des chômeurs constituant l’échantillon, et l’importance de l’amélioration de l’accompagnement.

L’effet le plus fort a été observé dans l’expérience du Minnesota, où la durée de chômage a été réduite d’un mois.

Ces résultats doivent être nuancés, dans la mesure où une partie de l’impact observé résulte vraisemblablement d’un « effet de file » (les chômeurs aidés prenant des emplois qui, en l’absence de la mesure, auraient été attribués à des chômeurs non aidés). Cependant, ils suggèrent qu’un dispositif d’accompagnement des chômeurs peut contribuer à réduire
le chômage des personnes peu qualifiées.

· Ainsi, au Conseil européen de Luxembourg (1997), il a été affirmé que chaque personne sans emploi devait recevoir une offre d’emploi, de formation ou de toute autre « mesure de qualification », dans l’année au cours de laquelle elle avait perdu son emploi.

Ces orientations ont été mises en œuvre en France par les programmes TRACE (trajectoires d’accès à l’emploi), dans le cas des jeunes, et « Nouveau départ », dans le cas des chômeurs de longue durée.

De même, la nouvelle convention Unedic, qui doit entrer en vigueur le 1er juillet 2001, prévoit la mise en place d’un dispositif de plans d’aide au retour à l’emploi (PARE), dans le cadre desquels seront conclus des PAP (plans d’action personnalisés).

Proposé au demandeur d’emploi à l’issue d’un entretien, le PAP a pour fonction d’aider le chômeur dans sa recherche d’un emploi. Selon le cas, il pourra se contenter d’énumérer les postes correspondant à son profil ou prévoir un bilan de compétences, voire une formation « qualifiante, diplômante ou d’adaptation », ou une aide à la mobilité géographique.

Renforcer le dispositif de réduction du coût du travail peu qualifié ?

· Un renforcement du dispositif de réduction du coût du travail peu qualifié pourrait également être utile, sous réserve qu’une telle mesure soit gagée sur une réduction parallèle des dépenses publiques.

En effet, une faible croissance de la productivité du travail, qui se poursuivra peut-être au cours des prochaines années, semble impliquer une faible croissance des salaires horaires.

Dans le cas contraire, l’augmentation du taux de chômage structurel gênerait, voire empêcherait, le retour au taux de chômage de plein emploi.

La probabilité d’un tel dérapage a été accrue par la réduction de la durée légale du temps de travail, qui a contribué au fort taux de croissance des salaires horaires en l’an 2000, et pose à moyen terme le problème de l’évolution du SMIC. En effet, selon la loi du 19 janvier 2000 (dite loi « Aubry II »), la rémunération mensuelle des salariés passant aux 35 heures est égale à une « garantie mensuelle », définie comme la rémunération mensuelle, au moment de leur passage aux 35 heures, d’un salarié payé au SMIC et restant aux 39 heures. Ainsi, depuis l’année 1999, une nouvelle garantie mensuelle apparaît au mois de juillet de chaque année (date de la revalorisation annuelle du SMIC), pour les salariés passés aux 35 heures au cours des douze moins écoulés. Comme le SMIC horaire augmente moins rapidement que la garantie mensuelle34(*), le montant de cette dernière est d’autant plus élevé que le passage aux 35 heures ont été tardif. Si rien n’est fait, cette évolution se poursuivra jusqu’en l’an 2004
35(*). Or, la loi Aubry II prévoit que la garantie salariale sera rendue « sans objet » au plus tard le 1er juillet 2005, ce qui semble impliquer à cette date un « coup de pouce » de l’ordre de 10 %. Certains économistes recommandent donc d’unifier dès que possible la garantie mensuelle, en prenant pour référence le taux horaire du SMIC en vigueur à une date donnée (à partir de laquelle le passage de 39 à 35 heures se traduirait par une diminution de la rémunération mensuelle).

Si un dérapage des salaires se produisait, un renforcement du dispositif de réduction du coût des emplois peu qualifiés pourrait être souhaitable.

· On peut rappeler à cet égard la proposition de Revenu Minimum d’Activité (RMA) faite par le président et par le rapporteur général de la Commission des Finances du Sénat 36(*).

Le RMA permettrait de réduire, pendant les trois années suivant l’embauche, le coût du travail peu qualifié, d’un montant correspondant au minimum social ou à l’allocation perçu par le bénéficiaire.

Il comporterait en effet deux parts :

– La première, appelée aide dégressive, correspondrait au minimum social ou à l’allocation perçus jusqu’alors par le bénéficiaire. Elle serait versée par l’Etat, ou l’UNEDIC pour l’ASS (allocation de solidarité spécifique), aux entreprises qui, à leur tour, l’utiliseraient pour rémunérer le nouvel embauché, ce dernier tirant ainsi l’ensemble de ses ressources de son employeur, au lieu de bénéficier d’un revenu d’assistance. Le versement à l’entreprise serait effectué de manière dégressive pendant trois ans.

– La seconde part, dénommée salaire négocié, correspondrait au salaire proprement dit versé au nouvel embauché par l’entreprise. Son montant serait égal à la différence entre le montant total du RMA et l’aide dégressive mentionnée ci-dessus. Il serait donc appelé à progresser au fur et à mesure de la diminution de la première part. Il conviendrait d’exonérer de charges sociales le salaire négocié afin de s’inscrire dans une logique de diminution du coût du travail.

L’ensemble, c’est-à-dire le RMA, serait ainsi versé au nouveau salarié par son employeur. Le montant du RMA ne pourrait être inférieur au SMIC, mais les négociations de branches pourraient librement décider de l’établir à un niveau supérieur.

Le RMA prendrait la forme d’une convention tripartite entre l’entreprise, le bénéficiaire du dispositif, et l’Etat ou l’UNEDIC lorsqu’il s’agit de l’ASS.

Quel serait l’impact d’une plus forte protection de l’emploi sur la diminution du taux de chômage ?

Ces dernières années, l’annonce de projets de suppressions d’emplois par de grands groupes (Renault, Michelin et, plus récemment, Danone, Marks & Spencer, Dim, Moulinex et AOM-Air liberté) a suscité une forte émotion et opposition.

Ainsi, le Gouvernement a présenté en avril 2001 des amendements au projet de loi de modernisation sociale (PLMS), actuellement en cours de discussion, visant notamment à rendre les licenciements plus difficiles. En particulier, l’indemnité légale de licenciement doublerait dans le cas des licenciements économiques (passant de 1/10e à 1/5e de mois de salaire par année d’ancienneté). Certes, l’impact économique de cette mesure serait vraisemblablement modeste (les grands groupes accordent d’ores et déjà des indemnités plus importantes que ce que prévoit cet amendement). Cependant, on peut s’interroger sur la nature de l’analyse économique à l’origine de cette mesure.

Il convient de souligner que, contrairement à ce que l’on pourrait croire, une législation plus contraignante en matière de licenciements pourrait ne pas accélérer la diminution du taux de chômage.

Un apparent paradoxe

Certes, ainsi que le soulignent MM. Jean-Paul FITOUSSI et Olivier PASSET dans leur rapport Réduction du chômage : les réussites en Europe (2000), parmi les pays de l’OCDE il n’y a pas de corrélation entre la rigueur de la protection de l’emploi et le taux de chômage.

En revanche, les pays où le taux de chômage a diminué plus rapidement qu’ailleurs ont généralement une faible protection de l’emploi, comme l’indique le graphique ci-après.

Source : OCDE, Perspectives de l’emploi, juin 1999.

Le seul pays à s’écarter nettement de la tendance est la Finlande.

Selon l’OCDE, ce phénomène s’expliquerait notamment par le fait que la protection de l’emploi susciterait des salaires plus élevés chez les personnes ayant déjà un emploi, ce qui tendrait à accroître le chômage classique.

La modulation des taux de cotisation patronaux d’assurance-chômage en fonction du « comportement de séparation » des entreprises : un impact incertain sur l’emploi 37(*)

Dans ces conditions, on peut s’interroger sur la pertinence de la mise en place éventuelle d’un système de modulation des taux de cotisation patronaux d’assurance-chômage en fonction du « comportement de séparation » des entreprises.

La mise en place d’un tel dispositif a été envisagée en France par M. Edmond MALINVAUD dans un rapport du Conseil d’analyse économique 38(*), puis par le Commissariat général du Plan dans son Rapport sur les perspectives de la France (2000). Entre-temps, cette proposition a été publiquement reprise par le Premier ministre.

· Un impact positif sur l’emploi aux Etats-Unis, grâce à une réduction du chômage classique et à un lissage du chômage conjoncturel

Certes, il y a consensus parmi les économistes pour dire que cette modulation a eu un impact positif sur l’emploi aux Etats-Unis.

Aux Etats-Unis, le taux de cotisation des employeurs est modulé en fonction du nombre de nouveaux chômeurs indemnisés suscités par leurs licenciements (selon un mode de calcul variable selon les Etats). Appelé Experience rating (ce qu’on traduit en français par « modulation », ou « bonus-malus », en s’inspirant du vocabulaire des assurances), ce système a été mis en place en 1931 dans le Wisconsin en même temps que le premier dispositif américain d’indemnisation du chômage, puis généralisé à tous les Etats au cours des années quatre-vingt.

En moyenne, 60% des dépenses d’assurance-chômage sont facturées aux entreprises dont proviennent les chômeurs (86% dans l’Etat de New York).

L’impact sur l’emploi serait positif, tant d’un point de vue statique que d’un point de vue dynamique.

D’un point de vue statique, la modulation permettrait d’éviter que les entreprises qui ne licencient pas subventionnent celles qui licencient, cette subvention suscitant moins d’emplois dans les entreprises qui ne licencient pas (à cause d’un coût du travail accru). La modulation permettrait donc de réduire le chômage classique.

D’un point de vue dynamique, la modulation permettrait de réduire les fluctuations du taux de chômage, en diminuant le niveau d’emploi en haut du cycle et en l’augmentant (davantage) au creux du cycle, c’est-à-dire en lissant le chômage conjoncturel.

En particulier, la modulation des cotisations d’assurance chômage ne serait pas une cause importante de disparition d’entreprises aux Etats-Unis. En effet, il n’existe pas, dans le cas des Etats, de corrélation entre le taux maximal de cotisation et le pourcentage d’indemnisations versées aux anciens salariés licenciés par un employeur qui a fait faillite.

Les études empiriques qui ont été réalisées sur le sujet au niveau microéconomique semblent indiquer une réduction non négligeable du taux de licenciement des entreprises aux Etats-Unis.

· De nécessaires adaptations en cas de transposition en France

Le Commissariat général du Plan souligne, à juste titre, la nécessité d’adapter le dispositif américain au cas français, si jamais un système analogue devait être instauré en France. On peut en effet mentionner deux adaptations essentielles.

Tout d’abord, les allocations versées aux chômeurs étant aux Etats-Unis d’un montant moins élevé et d’une durée plus courte, la modulation ne semble pouvoir concerner en France que la partie assurantielle du dispositif de protection contre le chômage, afin de ne pas faire peser une charge excessive sur les entreprises françaises.

Ensuite, la législation sur les CDD devrait être modifiée, afin d’éviter d’inciter les entreprises à recourir à des CDD de durée inférieure au seuil qui ouvre droit aux allocations.

· Un système qui, par son principe même, risquerait d’accroître le chômage structurel en France

Cependant, votre Rapporteur estime que la mise en place en France d’un tel dispositif serait peut-être néfaste à l’emploi.

Tout d’abord, le chômage de longue durée pourrait être accru. En effet, le niveau élevé en France de ce dernier risque d’inciter les employeurs à une sélectivité accrue au moment de l’embauche, afin de ne pas risquer de devoir verser des indemnités chômage élevées pendant plusieurs années.

Ensuite, comme on l’a vu, une forte protection de l’emploi semble néfaste à la réduction du taux de chômage. L’impact positif de ce dispositif aux Etats-Unis vient en partie du fait que dans ce pays le coût d’un licenciement pour une entreprise est faible. En France, il pourrait constituer un coût supplémentaire d’ajustement, et donc pénaliser davantage les entreprises qui licencient, sans qu’il soit possible, en l’état actuel des connaissances empiriques, de déterminer si cet effet l’emporterait sur les créations d’emplois consécutives à la diminution des cotisations pour les entreprises qui ne licencient pas.

Au total, il ne semble pas actuellement possible de déterminer avec certitude si un tel dispositif serait ou non bénéfique à l’emploi en France, quelles que soient les mesures prises afin de l’adapter aux spécificités françaises.

*
33 Denis FOUGERE, « Accompagnement des chômeurs et sanctions : leurs effets sur le retour à l’emploi », complément au rapport de M. PISANI-FERRY, Plein emploi, Conseil d’analyse économique, 2000.

*
34 Le SMIC horaire est indexé sur le salaire horaire ouvrier moyen, alors que la garantie mensuelle l’est sur le salaire mensuel ouvrier moyen. Par ailleurs, il peut faire l’objet de « coups de pouce », ce que la loi interdit dans le cas de la garantie mensuelle.

*
35 En effet, la durée hebdomadaire légale du travail des entreprises de 20 salariés ou moins ne passera à 35 heures qu’au 1er janvier 2002, avec jusqu’au 1er janvier 2004 un régime transitoire concernant les heures supplémentaires. Ainsi, ces entreprises pourront ne passer aux 35 heures qu’en l’an 2004.

*
36 MM. LAMBERT et MARINI ont déposé, le 25 avril 2000, une proposition de loi portant création d’un revenu minimum d’activité (RMA). Cette proposition a fait l’objet d’un rapport d’information présenté par M. Philippe NOGRIX dans le cadre de la Commission des Affaires sociales (30 janvier 2001, n°206).

*
37 Ces développements s’appuient notamment sur l’article de David MARGOLIN et Denis FOUGERE, « Moduler les cotisations employeurs à l’assurance-chômage : les expériences de bonus-malus aux Etats-Unis », Revue française d’économie, n°2/2000.

*
38 Edmond MALINVAUD, Les cotisations sociales à la charge des employeurs : analyse économique, 1998.

http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20130424trib000761428/ces-pays-europeens-dont-le-taux-de-chomage-fait-rever.html

Autriche : 4,8% en février

Objectif : personne sur le bord de la route. Résultat : plein-emploi depuis de nombreuses années. « En Autriche, le consensus social est extrêmement fort pour combiner une politique de modération salariale et des politiques économiques pour éviter une dégradation de la conjoncture », explique Jacques Freyssinet. Le modèle combine la flexibilité pour l’employeur et la sécurité pour le salarié.

En 2009, lorsque la crise a commencé à frapper l’économie, le budget de l’agence norvégienne pour l’emploi avait fortement augmenté. Les travailleurs licenciés sont pris en charge dans des « fondations du travail », dans lesquels ils suivent des activités de formation professionnelle, relate l’économiste. Ils ne sont alors pas inclus dans les statistiques du chômage. Celui des jeunes y est d’ailleurs très faible : 8,9% en février, selon Eurostat. L’Autriche met en avant le succès des formations en entreprise garanties pour obtenir ce chiffre

http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=INSO_169_0040

Un recul du recours à la formation longue

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Depuis le début des années 2000, les formations longues ne font plus recette, en raison notamment d’un ensemble d’évaluations micro-économétriques, menées ces dernières années, qui concluent à des effets médiocres, voire nuls, de la formation sur les taux de retour à l’emploi (Grivel et al., 2007, p. 29). Sont ainsi plutôt privilégiées les formations courtes et à vocation professionnelle, y compris en Suède où la formation était l’un des dispositifs traditionnels mis à la disposition des chômeurs. A contrario, les pratiques de coaching se développent, d’autant plus qu’elles invitent à une recherche active d’emploi et répondent dès lors aux exigences de la contractualisation sur l’accompagnement.

http://www.slate.fr/story/48345/chomage-solutions

Un ouvrage recense les politiques d’emploi dans le monde. Un état des lieux instructif.

Au sein de l’Union européenne, l’Autriche est, avec les Pays-Bas, le meilleur élève pour l’emploi. Le taux de chômage n’y est que de 4,1% (chiffre d’octobre 2011), contre 9,8% pour l’Union européenne. L’Autriche l’est aussi pour l’emploi des jeunes, avec un taux de chômage de 8,8% contre 21% en moyenne pour les autres pays européens.

Ce résultat s’explique par une politique ancienne et déterminée. Chaque jeune se voit proposer, au bout de trois mois sans activité, soit un emploi, soit une formation, soit un apprentissage. On compte une cinquantaine de filières de formation, les jeunes y touchent 240 euros par mois pendant deux ans, puis 555 euros la troisième année. L’apprentissage est une priorité, comme chez le voisin allemand : il occupe 40% des jeunes.

« Task force » dédiée

En Australie, le budget des organismes d’emploi est directement lié à la vitesse à laquelle ils arrivent à retrouver du travail pour les chômeurs dont ils ont la charge. Ces organismes sont privés, entreprises, associations, on en compte une centaine. Ils perçoivent une somme, dépendant de la qualification des chômeurs (l’employabilité), et doivent la dépenser au mieux en coaching personnel ou par groupe, en insertion dans un emploi aidé, etc. Le chômeur choisit son organisme au départ. Au bout d’un an, s’il n’a pas retrouvé du travail, il doit accepter une formation ou prendre un travail d’intérêt général.

En Finlande, lorsqu’une grande entreprise décide d’une restructuration, l’équivalent de Pôle Emploi se déplace et déploie une « task force» dédiée. Celle-ci s’occupe aussi des suppressions d’emplois indirectes chez les sous-traitants et fournisseurs.

Ces trois expériences font partie du riche ensemble recueilli à l’occasion de la Conférence mondiale des services de l’emploi, réunie par Pôle Emploi à Paris au printemps 2011. Elles sont rapportées dans un livre (1) qui résume et illustre de statistiques, la situation mondiale de l’emploi et les divers moyens utilisés sur la planète pour faire face au chômage.

A l’heure du fléchissement mondial de la croissance et du plongeon de certaines régions dans la récession, comme la zone euro, l’ouvrage tombe utilement pour souligner la gravité des menaces. Les files d’attentes du chômage s’allongent comme en 2008, mais cette fois-ci, les Etats sont sous forte contrainte budgétaire et vont devoir limiter les moyens consacrés aux politiques d’emploi.

Menaces

Menace grave dans les pays développés puisque la reprise, avant de s’étioler, n’avait pas été accompagnée de fortes créations d’emplois. Les exemples des Etats-Unis et de l’Espagne montrent ce phénomène nouveau, car général, de «reprise sans emplois». Conséquence: les chômeurs ont moins de chance de retrouver un emploi et le chômage menace de devenir de longue durée, «structurel». Avec toutes les difficultés accrues que cela entraîne pour les personnes privées d’emploi depuis longtemps et découragées.

Menace aussi dans les pays émergents. Même si la reprise y a été rapide, ils sont maintenant affectés par le retour de la crise dans les pays riches. Leur défi n’en est que plus dur: réaliser la transition d’un emploi peu qualifié et peu cher, désiré par les secteurs exportateurs, vers des emplois plus qualifiés et mieux payés, capables de nourrir un modèle économique appuyé sur la consommation.

Les jeunes sont, au nord comme au sud, les populations qui risquent de souffrir le plus de la crise prolongée. On l’a vu au printemps en Tunisie où le «printemps arabe» a été le fait de jeunes diplômés à la rue ou contraints d’accepter des jobs déqualifiés. Mais la Chine connaît le même problème: les places à l’université ont été doublées, mais un tiers des étudiants ne trouvent plus automatiquement un métier à la sortie de la faculté. Le manque d’emplois qualifiés rend leur situation difficile et inquiète les autorités.

Accompagnement

Comme une longue période d’attente d’un emploi constitue un handicap très difficile à remonter, il faut prendre «au plus tôt» les jeunes en charge, selon les auteurs qui présentent un bilan des différentes politiques menées dans le monde d’accompagnement des jeunes.

En Suède, comme en Autriche, les interventions se font dès 90 jours sans activité, la moyenne est de six mois. Il faut agir tôt et actionner «plusieurs leviers» (formation, emplois aidés, assistance). A contrario, les politiques traditionnelles «passives» de subvention des salaires des jeunes et de création d’emplois ne présentent que des résultats de court terme qui se retournent vite.

La leçon générale est tirée par Christian Charpy, ancien directeur général de Pôle Emploi:

«Malgré les diversités des systèmes économiques et sociaux et des niveaux de développement, [les politiques qui marchent sont celles qui] assurent les inscriptions au chômage, démarrent au plus vite possible l’accompagnement, personnalisent la prise en charge, mettent en œuvre des actions déterminées en faveur des publics les plus en difficultés et accompagnent les restructurations économiques.» 

Ajoutons: et accompagnent budgétairement ces politiques.

Eric Le Boucher

Chronique également parue dans Emploiparlonsnet

(1) Emploiscopie 2011. Travail et emploi. Les tendances dans un monde en crise. Sous la direction de Christian Charpy.  Editions Tallandier. Retourner à l’article

Eric Le Boucher

Chômage : les vraies raisons de la forte baisse de septembre

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/10/25/20002-20161025ARTFIG00249-tres-forte-baisse-du-chomage-en-septembre.php

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Les conditions de la ré-industrialisation de la France

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La ré industrialisation de la France et de l’Europe s’impose dans une vision stratégique, le modèle de la délocalisation systématique commence à montrer ses limites à divers titres.

Analyse rapide des limites de la désindustrialisation

Les coûts de sous-traitance avec l’augmentation du prix de l’énergie (même si temporairement en baisse) et des transports, des coûts de   la main d’œuvre des pays émergents rendent les productions offshores moins attractives surtout pour les produits en petite série. L’arrivée de nouvelles technologies comme par exemple les imprimantes 3 D qui sont en fait des Mini machines à commandes numériques héritées de leurs grandes sœurs de l’industrie et les robots qui virtualisent le geste de l’opérateur permettent de regarder la chaîne de fabrication sous un autre jour. Pourquoi commander une pièce détachée en Chine alors qu’une imprimante 3D peut le faire.

La gestion des projets off-shore induit des coûts bien souvent minimisés au début mais qui à la longue montre la faiblesse du dispositif avec une perte en termes de qualité et de flexibilité dans la gestion des commandes alors que les consommateurs ont des comportements de moins en moins prévisibles.

La qualité devient un critère essentiel ainsi que la simplification des procédures.

L’écologie étant passée par là la production offshore peut être taxée et sera taxée.

Le risque de copiage et de perte de savoir-faire en Europe est une des raisons de notre perte de compétitivité. Nous perdons des parts de marché car nous sommes dans l’incapacité de trouver les compétences dans un bassin d’emplois.

Divers évènements récents comme le Volcan Islandais, Fukushima ont montré que les flux tendus et la dépendance trop grande vis-à-vis de la zone hors Europe peuvent avoir des conséquences sur la production européenne. PSA en a fait l’expérience les délais de livraison des véhicules ont pratiquement doublé pendant cet épisode.

Le grand marché mondial à flux tendu est concevable dans un monde où tous les facteurs qu’ils soient économiques, sociaux, politiques, climatiques restent stables.

Revoir le principe de précaution, l’adapter, se réconcilier avec l’Etat stratège

De façon intéressante le principe de précaution s’attache à prévenir les conséquences du lampadaire qui tombe sur le passant ou de la grippe et autres concombres tueurs, mais pas les mécanismes de dérèglements liés aux facteurs politiques ou naturels alors que le risque d’approvisionnement est un facteur clef dans la fabrication.

Pourtant le passé a montré que le maintien d’une production locale n’est pas inutile, les anglais durant la guerre ont repris le gout de l’agriculture car pendant la guerre ils ont souffert de la faim n’ayant plus d’agriculture car ils importaient leurs denrées du Commonwealth, ils sont rentrés dans l’Europe principalement pour reconstruire ladite agriculture.  Les Américains ont mis en place le Stock Piling Act (loi sur les réserves stratégiques) pour faire face à des conditions de blocus

« Strategic and Critical Materials Stock Piling Act is a federal statute to provide for the acquisition and retention of stocks of certain strategic and critical materials and to encourage the conservation and development of sources of such materials within the U.S. The purpose of the Act is to decrease and to preclude a dangerous and costly dependence by the U.S. upon foreign sources for supplies of strategic and critical materials in times of national emergency « 

L’Europe n’a aucune mesure correspondant aux mesures de protection de ces pays, et même la PAC qui permettait de créer des stocks a été modifiée, la France non plus depuis la disparition du commissariat au Plan. Rien ne s’oppose à la mise en œuvre de ces mesures sauf notre volonté.

Pourtant toutes les études sur le développement durable montrent que la réduction de la pollution et des émissions de CO2 passe par un retour au local. La réduction des distances entre le produit et le consommateur limite à la fois la consommation d’énergie et les pesticides.

Par ailleurs les pays comme la Chine ont une politique de développement qui privilégie les intérêts stratégiques futurs, le grand intérêt de discuter avec les Chinois régulièrement permet d’apprécier leur volontarisme qui peut être troublant car ils ne cachent point le fait de se servir des apports technologiques des pays développés afin de pouvoir produire en local et en mieux !

La Chine met en place des plans sur 20 ans qui passe par une ouverture à nos savoir-faire limités à 3/5 ans et un jour ils reviendront en Europe pour nous expliquer comment faire, cela est déjà le cas pour une unité de production de chaussures en Dordogne.

Les industriels de leur côté commencent à réfléchir au moins pour les Grosses PME à une relocalisation de leur production pour les raisons évoquées ci-dessus et aussi parce que les techniques évoluent et permettent de produire en local à des conditions qui lorsqu’on additionne les couts directs et indirects ne sont pas loin du prix payé en off-shore.

Savoir répondre à la question de la ré industrialisation c’est combattre les préjugés

La question posée dans ce qui suit n’est pas de tomber dans le piège qui consiste à dire que l’on peut tout produire en France ou en Europe mais de redéfinir le cadre permettant de rapatrier une partie de la production avec un modèle industriel tourné vers l’avenir.

En finir avec le mythe du robot qui détruit l’emploi, ne commettons pas l’erreur des années 60/70 pour l’industrie automobile, nous avions abandonné l’avenir aux Japonais et même aux Italiens. Les Allemands ont été les premiers à réagir, les anglais ont perdu leurs industries vendues aux mêmes allemands et chez nous Renault était proche de la faillite et Toyota était Roi.

La ré industrialisation ne signifie pas le retour aux emplois ouvriers façon années 60/70, mais une nouvelle forme d’atelier flexible combinant les technologies de la robotique, de l’informatique, et de l’arrivée des technologies de la virtualisation et du 3D qui permettent de reproduire les gestes de l’homme à l’identique.

La Wii ou la Kinect ne sont plus seulement des jeux ! ce sont aussi des outils de nouvelles générations qui peuvent transmettre l’intelligence humaine au robot.

Le modèle économique actuel est basé sur la promotion du low-cost, le modèle futur est basé sur la qualité et la flexibilité (certes pas pour tout).

Le low cost ne regarde que les aspects quantitatifs et agit sur le prix en diminuant le service rendu et donc la qualité, c’est une stratégie qui peut se comprendre pour la production de teeshirt ou de produits dont la marge unitaire est si faible qu’il semble normal de trouver des zones de production off-shore.

La réingénierie des processus permet de revoir le cycle de production et d’agir sur la phase amont de la production.

Nous l’avons déjà fait et nous le faisons dans le secteur automobile, chez Airbus qui créent des emplois.

Il faut se souvenir du passage du monde de l’automobile aux machines à commande numérique (robot de fabrication 3 D), les planches de bord et les pièces de carrosserie sont passées de la fabrication manuelle à l’automatisation avec d’ailleurs un gain non seulement de productivité mais aussi en fiabilité et qualité.

Airbus est avant tout une ligne d’assemblage robotisée qui emploie des personnels qualifiés que nous avons du mal à trouver dans notre pays.

Toutes les grandes entreprises qui ont su passer des étapes industrielles et rester dans le peloton de tête pratiquent la ré ingénierie permanente et c’est la grande force de l’industrie Allemande, mais aussi Hollandaise ou Scandinave.

L’idée amusante défendue par certains sur la carrosserie des véhicules qui seraient trop chère à cause des monopoles et où la solution passe par une dérèglementation à l’ancienne est une hérésie, surtout lorsque l’on sait que la carrosserie est en général remboursée par les assurances car les réparations sont liées en majorité à un accident, les pièces sont produites   des machines à commandes numériques , la question est plus la flexibilité des chaînes de production qui sont en général mono production (voir chaine Renault à Sandouville) et de ce fait, les pièces des petites et moyennes voitures (parc majoritaire) viennent de loin.

La différence entre aujourd’hui et demain consiste à créer des ateliers de fabrication robotisé pour des séries plus petites avec pour soucis la qualité et la capacité à servir un marché à la demande (Cout, délai, Qualité).

Guy Degrenne le fait en Normandie après une phase de réflexion de quelques années et une pratique de l’Offshore qui a   failli être fatale à l’entreprise et qui a eu toutes les peines à être aidée par les fonds type Oséo. L’entreprise Bas Normande n’est pas la seule à travailler sur le redéploiement local, on trouve d’autres exemples dans d’autres régions.

La dépendance vis-à-vis de l’Allemagne pour l’outillage est pour le moment totale ce qui n’est pas en soi un problème car les concepteurs français existent aussi et sont de mon point de vue ils sont complémentaires pour les aspects touchant à la flexibilité et l’ingénierie logicielle, les américains l’ont compris pourquoi pas nous ?

L’atelier de demain repose sur la robotisation et sur l’informatique (économie numérique) il suppose la fabrication de robots plus nombreux et plus petits et moins dépendants des grands monopoles. Le problème des grandes entreprises c’est de devoir faire tourner les machines à commandes numériques en 24/24 en 6/7 pour être rentable, car les coûts de maintenance sont en général très couteux s’ils ne sont pas maitrisés en interne. On retrouve la même logique   pour les ateliers d’impression de France Telecom ou Axa, une chaîne éditique mal pensée peut devenir un gouffre financier ! Les robots de demain n’auront pas la même logique et sont aussi des auxiliaires des techniciens ou de l’agriculteur.

La question du robot est son coût d’amortissement ce qui veut dire que robotiser demande un calcul du point mort qui peut se situer plus loin dans le temps que la sous-traitance offshore, les mécanismes fiscaux doivent contribuer.

La question est aussi d’éviter de mettre des robots là où l’emploi et la proximité sont nécessaires, mieux vaut rémunérer une personne sur un emploi de proximité que lui verser un revenu de substitution.

La France est reconnue dans le monde quelques exemples : CATIA logiciel d’aide à la conception et de fiabilisation, (Dassault System), CATIA est utilisé partout pour la conception automobile, d’avions et autres, le Cœur artificiel grâce à notre maitrise des hautes pressions (700 à 1000 bars) dans la défense et la fabrication de minuscule électro vannes qui permettent la compression des gaz.

Regardons les emplois que nous allons créer plutôt que ceux que nous allons détruire et imaginons comment compenser les pertes d’emplois en innovant.

Que suppose le retour de l’industrie en France ?

  1. Une volonté politique avec une vraie réflexion économique et fiscale qui dépasse le simple quinquennat
  2. Intensification des contrats des contrats Universités / Entreprises, cela se fait déjà.
    1. Microsoft par exemple soutient financièrement diverses unités de recherche dans le monde et finance aussi des « Gazelles » Françaises, cela ne semble pas choquant puisque l’idée est de croiser la recherche et le dynamisme de la PME qui ayant moins de lourdeur est plus prompte à regarder devant.
    2. Orange et Thalès soutiennent des programmes de recherches sur des segments essentiels à notre futur
  3. Cesser de financer les bas salaires et axer ces aides sur la reconversion
  4. Revoir nos mécanismes de formation et donc d’enseignement, l’avenir est au bon Bac + 2 ou 3 qui deviendront ingénieurs ou cadres, la France a toujours cette anomalie qui consiste à produire des cadres qui n’encadrent rien. Si je regarde Guy Degrenne et Microsoft au demeurant 2 entreprises aux antipodes l’une de l’autre et pourtant elles ont en commun de préférer des employés en devenir qui veulent progresser et qui acceptent de se former en permanence, même chose chez BMW autre client en Allemagne cette fois. Notre système actuel fabrique des jeunes mal dans leur peau car soit pas assez compétents soit trop diplômés.
  5. Les robots ont besoin de concepteurs qui reposent bien souvent sur l’analyse d’un besoin en collaboration avec le terrain, les derniers robots vus récemment permettent de tailler les vignes, ils sont petits, efficaces et respectueux de l’environnement
  6. Préférer la création d’atelier neuf avec des règles du jeux redéfinies, cela peut se concevoir à l’intérieur d’une entreprise existante, mais l’expérience prouve que tout projet neuf doit durant sa période d’incubation vivre sa vie sinon les lourdeurs internes à l’entreprise prennent le dessus, j’en veux pour preuve quelques projets où j’ai passé plus de temps à négocier la politique interne qu’à avancer. Les projets financés doivent avoir un cadre bien identifiés avec des équipes volontaires prêtent à faire le saut et qui entraineront les autres.
  7. Ne pas donner l’illusion que cela implique le retour du salariat ouvrier, la ré ingénierie industrielle suit les mêmes traces que celle de la réorganisation des activités clients ou administratives, on tire les profils vers le haut mais on diminue le nombre de profils employés non qualifiés.
  8. Les unités de production nouvelles générations doivent être déployées sur des marchés existants avec pour des marchés cibles ayant des marges correctes afin d’atteindre rapidement le point mort et un ROI.
  9. Développer les métiers des services aux industries comme la maintenance et la réadaptation des matériels, Green IT dans l’Informatique,
  10. Sortir du « tout jetable » dans les entreprises, qui se nomme « RE USE » chez un client. BMW a atteint des objectifs impressionnant en termes de recyclage.
  11. Encourager l’économie circulaire qui permet des emplois non dé localisables, les grandes entreprises sont en train de prendre un virage à 180° et à travers cela elles contribuent au soutien de l’économe solidaire qui assure ce type de prestation. Les matériels allemands sont conçus pour durer et cela a fait la renommée de ce pays.

Conditions pour y arriver

Croire en l’avenir et cesser de distiller les peurs, la fin du travail n’est pas pour demain, la dernière étude de l’OCDE montre un impact limité et démontre que la création d’emplois existe dans de nouveaux secteurs.

Evitons de répandre l’idée que le robot va remplacer l’Homme ou Femme et que les algorithmes vont penser à notre place alors que c’est nous qui les produisons.

Acceptons une usine près de chez nous plutôt que des villes musées ou basées sur le seul tourisme. Le tourisme ou l’artisanat dépend des autres activités créent, nous raisonnons à l’envers, nous oublions que la société des loisirs est dépendante d’un salaire dans d’autres domaines et pas de l’assistance.

Un emploi industriel entraine 4 créations d’emplois dans les autres secteurs en moyenne ce qui n’est pas le cas des seuls services.

La dépense doit être proportionnelle à la richesse créée par la robotisation en recréant des activités liées à l’unité de production ou à la substitution homme/machine. Une unité de fabrication permet de créer un service client et recentrer les activités connexes.

Une fiscalité stable ! le business plan d’une entreprise ressemble à la plantation des forêts ou au travail du pépiniériste, la logique du politique actuellement est proche du maraicher bien que ce dernier comme l’agriculture en général pourrait bien bénéficier de robots « désherbeurs » !

Penser sur le long et moyen terme, revenons à des cycles industriels normaux et non pas au cycle uniquement de l’actionnaire ni au cycle du mandat politique, sortons du court-terme et acceptons une forme de plan Européen avec des axes prioritaires, la déréglementation tout azimut ne fonctionne plus.

Article de 2011 remis à jour

Catherine Gallou

Annexe

http://www.oecd.org/fr/emploi/emp/La-num%C3%A9risation-r%C3%A9duit-la-demande-de-t%C3%A2ches-manuelles-et-r%C3%A9p%C3%A9titives.pdf

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L’Ami Public

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